La vie de parent, si elle est source de nombreuses joies et découvertes, est loin d'être aussi simple que l'imaginaire collectif ne le voudrait. L'arrivée d'un nouvel habitant dans l'utérus de sa mère amène bien des questions chez celle-ci mais aussi chez l'homme propulsé dans un rôle de père dont il ne comprend pas toujours les tenants et les aboutissants. Il serait tellement facile au moment de l'accouchement que la naissance de l'enfant et la délivrance du placenta se terminent par la mise à disposition d'un mode d'emploi détaillant le "comment faire" avec le petit être vagissant à présent dans nos bras.Certes, les bonnes âmes se multiplieront autour de nous, nous expliquant expérience à l'appui comment protéger des petites fesses toutes rouges ou comment stériliser un biberon. Mais rares sont celles qui accompagneront dans ce changement majeur de statut qui, pour certain(e)s se fait sentir à la lecture du test de grossesse positif, et pour d'autres une fois le premier cri du nouveau-né déchirant le silence.
Etre maman, être papa, c'est bien plus complexe qu'il n'y paraît et beaucoup d'entre nous se retrouvent seuls face à leurs peurs une fois l'enfant bien réel.
La littérature fleurissant sur le sujet manifeste de plus en plus à notre conscience le fait que nous sommes marqués par ce que nos propres parents ont fait de nous depuis notre naissance. Mon rôle d'analyste transgénérationnelle me pousserait à élargir le débat aux générations qui précèdent mais je le laisse volontairement de côté ici. Quand nous observons l'éducation qui nous a été prodiguée, en isolant les moments forts de celle-ci (moments d'intense joie, douceur de la caresse mais aussi crises et punitions, isolement parfois, fessées aussi...), nous nous rendons compte que nos comportements d'aujourd'hui sont le reflet de ce que nous avons vécu enfants. En reproduisant des situations ou en adoptant la position diamétralement opposée (ce qui équivaut à la même chose...), nous construisons notre vie d'adulte et la relation avec nos propres enfants sur un schéma préexistant. Parfois, tout s'est bien passé et la transmission d'une génération à l'autre est donc aisée. Mais parfois aussi notre relation avec nos parents s'est révélée douloureuse et il nous devient alors bien difficile, consciemment ou pas, de fonctionner en sérénité avec nous-même et avec les autres.
Prenons un exemple concret issu d'un cas clinique qui m'a été soumis. Florent a 38 ans et est papa d'un garçon et d'une fille. Divorcé depuis quatre ans, il est à nouveau en couple avec une jeune femme elle-même maman d'un petit garçon de trois ans. La vie quotidienne de cette famille recomposée n'est pas aussi simple que Florent le voudrait. Il a du mal à communiquer avec ses propres enfants qui lui reprochent le divorce et les relations avec sa nouvelle compagne sont assez houleuses. Très cassante dans sa manière de s'exprimer, elle refuse de s'investir avec les enfants qu'elle voit comme des rivaux dans le coeur de Florent. Celui-ci n'est pas heureux et se renferme tout en explosant de colère quand la pression devient trop forte. En travaillant sur son propre processus thérapeutique, Florent s'intéresse à la manière dont il communiquait avec sa propre mère. Celle-ci, que nous prénommerons Annie, aimait énormément son fils qu'elle étouffait non pas par des câlins mais plutôt par des attentes disproportionnées, le comparant systématiquement à son frère cadet qui était encensé. Florent chercha tout au long de son enfance et de son adolescence la reconnaissance d'Annie qui de son côté ne pouvait exprimer son amour dans la douceur et la sérénité et vivait dans un conflit latent avec lui. En comparant sur papier sa relation avec Annie et celle vécue avec sa compagne actuelle, Florent se rendit compte qu'il s'inscrivait dans un phénomène de reproduction du schéma antérieur. Cherchant à combler son manque de reconnaissance, il s'était choisi inconsciemment une femme dont le mode de fonctionnement rappelait celui de sa propre mère, dans la froideur comme le langage cassant et dévalorisant. C'est en positionnant la lumière sur la véritable blessure d'origine qu'il put soigner cette dernière, se rapprochant de sa mère et prenant symboliquement soin du petit garçon qu'il avait été. L'objectif du travail de Florent ne fut pas de trouver un coupable à son mal-être en la personne d'Annie ou de sa compagne, mais bien de porter à la conscience que ce qu'il cherchait chez cette dernière bien incapable de lui donner (la reconnaissance de lui et de ses deux enfants, l'amour d'une mère...) n'était qu'une tentative de réparation d'un trauma passé.
Exemple intéressant me direz-vous... Mais sommes-nous donc condamnés à souffrir tout au long de notre existence de ces manques de lien avec ceux qui nous ont donné la vie ? Personnellement, je ne le pense pas. Partant du postulat qu'une vie en conscience et en connaissance de soi est la clé du bonheur quotidien, je reste persuadée que le fait de savoir dans un premier temps ce qui s'est passé pour nous plus petits, de comprendre sans juger ce qui a fait que nos parents ont fonctionné ainsi avec nous, puis de réparer symboliquement ce qui a été cassé à l'époque, nous permet de reprendre les rênes de notre vie. Cette dernière phase de réparation ne nécessite pas toujours des grandes manifestations théatrales. Ecrire par exemple une lettre à notre mère ou à notre père, lettre dans laquelle nous exprimons tout ce que nous avons sur le coeur puis brûler ce que nous avons écrit peut parfois suffir à remettre symboliquement de l'ordre dans le système familial.
Car, au fond, que recherchons-nous tous et toutes ? N'est-ce pas le bonheur, la douceur, la reconnaissance et l'amour ? Et si nous commencions à nous les donner à nous-mêmes, juste pour voir ce que ça fait ?
Pour compléter les derniers paragraphes...
RépondreSupprimerEt aussi sans se juger soi-même, comprendre comment et pourquoi nous avons fonctionné de telle ou de telle façon avec d'autres. Comme cela on évite, en comprenant les autres et soi-même,les rancoeurs, les regrets, les remords. On se détache du passé pour vivre consciemment le moment présent.
On essaye ensuite de faire l'exercice au présent: qu'est ce que je vis, quel effet cela a-t-il sur moi? Est ce que je ne vis que par rapport à mon passé ou que par rapport à un futur que j'idéalise? Il n'y a que sur le moment présent que j'ai une prise.
La quête du bonheur et de l'amour passe peut-être d'abord par la paix intérieure qu'il nous faut retrouver. J'imagine qu'une fois cette paix retrouvée, les portes peuvent s'ouvrir...
Je rejoins votre vision des choses en ce qui concerne le passé auquel il ne faut pas rester collé ad vitam aeternam. Par contre, partant du postulat de la loyauté de l'individu au système par définition plus fort, il me semble essentiel de nettoyer ce passé des souffrances périmées. Sinon, celles-ci continueraient à polluer le présent et à déstabiliser la prise de décision. "Ne vivre que par" quelque chose est un extrême qui comme tous les extrêmes n'est pas idéal... Le moment présent est en effet la clé de toute chose et se donner les autorisations d'être heureux se situe à ce niveau unique. Il ne s'agit pas de retrouver une paix intérieure à mon sens qui signifierait qu'à un moment donné elle a été perdue mais plutôt de savoir que cette sérénité est intrinsèquement nous. Le bonheur et l'amour ne sont en fait pas une quête mais plutôt un état. L'état primaire de tout être humain qui se reconnaît comme un être lumineux. On parle ici plus philosophiquement de vibrations. Les portes sont déjà ouvertes, il suffit d'ouvrir les yeux et de lâcher les liens que nous avons nous-mêmes noués. Et puis, aussi, de nous ouvrir aux cadeaux de la vie. Elle est bien faite, celle-là... Imprévisible et merveilleuse, elle nous amène des clins d'oeil et des opportunités qu'il faut oser voir...
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