lundi 26 octobre 2009

L'éloge du silence

Ce matin, quand j'ai voulu démarrer ma voiture, rien ne s'est produit. Même pas une pauvre petite lumière affichée au tableau de bord... La batterie venait de rendre l'âme et me laissait bien désemparée au moment de conduire les enfants à l'école et de me rendre chez fast. Passés les premiers moments de désarroi, j'ai fait appel à la solidarité légendaire de mon super voisin qui m'a accompagnée dans la quête d'une nouvelle batterie après avoir tenté de réanimer sans succès la pièce d'origine (merci voisin !). J'ai donc fini par prendre la route avec deux bonnes heures de retard sur mon planning. A peine ma voiture redémarrée, j'ai tendu la main dans un geste automatique pour allumer l'autoradio dont la musique m'accompagne systématiquement.
Et là, rien...
Le silence le plus complet...
L'autoradio s'est bien allumé mais est resté muet, me regardant de ses deux boutons noirs désormais vides. Sans doute me transmettait-il un message en affichant un code improbable que j'aurais dû comprendre et qui était lié à cette fichue panne de batterie... Sans succès !
J'ai donc dû à mon corps défendant me contenter du silence tout au long de mon trajet. Me croirez-vous si je vous dis que ce moment fut très étrange pour moi et je dois le dire, assez déstabilisant ? Cependant, encore sous le coup du stress de la panne, j'ai supporté l'aller sans trop de questionnement, ressassant les évènements du début de la journée.
Par contre, au retour, ce fut beaucoup plus difficile. Le réflexe musical était toujours présent et la réponse de l'autoradio toujours aussi absente. J'ai traversé les bois en sortant de Luxembourg en tête-à-tête avec moi-même, sans bruit, sans perturbation. Paradoxalement, ce silence dérangeant au début est devenu peu à peu agréable. C'était comme une respiration intérieure qui m'a permis de ne pas focaliser mon esprit sur les sons habituels mais qui m'a autorisé à faire le vide. Et je dois dire que dans une vie bien remplie, un tel vide fait beaucoup de bien. J'ai ainsi pu opérer une douce transition entre les tâches de la journée émaillées de mes projets habituels et ma vie de famille où m'attendaient les enfants et la ratatouille à préparer. Je pense qu'à l'avenir, je m'accorderai de temps à autre une pause silence. Juste parce que c'est bien...

mercredi 16 septembre 2009

Annoncer une mauvaise nouvelle

Je prépare actuellement une formation autour de l'annonce d'un diagnostic douloureux destinée aux membres du corps médical. Ce cours est né des nombreuses expériences vécues à la fois par mes patients mais aussi de ce que ma famille et moi avons pu expérimenter jusqu'à aujourd'hui dans ce domaine.
Nombre des médecins sont souvent bien démunis quand il s'agit d'annoncer une mauvaise nouvelle à leur patient. En tant qu'êtres humains, la souffrance de l'autre peut s'avérer difficile à supporter et ce même si les soignants possèdent des connaissances et une expérience professionnelle pertinentes. Au moment d'annoncer un diagnostic douloureux, les professionnels de la santé peuvent se trouver confrontés à divers ressentis et émotions parmi lesquels la peur domine. Peur de la mort et de la maladie, peur de se tromper, peur de faire mal, peur de ne pas trouver les mots ou d'être dépassés par les émotions de leur patient... A ceci peut s'ajouter un profond sentiment d'impuissance face à une issue qui peut être fatale. Il est donc essentiel de leur apporter des outils de communication et de connaissance de soi qu'ils pourront utiliser pour améliorer la qualité des échanges avec leurs patients.
Si le corps médical est confronté à tant de difficultés lors de l'annonce d'un message douloureux, le commun des mortels rencontre lui aussi des problématiques similaires. Annoncer une mauvaise nouvelle n'est jamais une démarche simple, que celle-ci intervienne dans le cadre professionnel ou privé. Il est donc fondamental de comprendre le fonctionnement du corps émotionnel de son interlocuteur pour pouvoir, dans un mouvement empathique, s'aligner sur le ressenti de ce dernier et entrer dans une vraie communication de qualité. Mais pour comprendre les émotions de l'autre, il est impératif de reconnaître nos propres émotions ainsi que la manière la plus juste de les apprivoiser. Ceci ne peut se faire qu'en vivant en conscience et en acquerrant les connaissances et réflexes comportementaux qui nous manquent.

"Nul ne peut avoir de lien avec son prochain s'il n’en a d'abord avec lui-même"
Carl Gustav Jung

dimanche 30 août 2009

L'influence de nos blessures d'enfant sur notre vie aujourd'hui




Mon travail mais aussi ma personnalité me poussent à observer et tenter d'analyser mon environnement, qu'il s'agisse de situations de communication ou de comportements chez mes contemporains. Longtemps je me suis réfrénée pour ne pas indisposer les personnes qui m'entourent. Mais comme il bien est difficile de lutter contre un penchant naturel, je me suis fixée des règles strictes parmi lesquelles le non-jugement occupe une place de premier choix.
En fait, observer ce qui se passe autour de moi est une occupation très riche car elle me permet de me confronter à la différence de points de vue et d'en tirer des enseignements qui me font évoluer.
Hier, dans le cadre d'une conversation, j'ai été amenée à réfléchir à nouveau aux comportements que nous déployons dans notre vie adulte suite aux apprentissages conscients et inconscients de notre vie d'enfant. L'environnement dans lequel nous avons grandi a une influence non négligeable mais pas immuable sur notre existence et nos choix de vie.
Ceux qui me connaissent n'ignorent pas ma passion pour les transmissions transgénérationnelles mais ce n'est pas de celles-ci dont je fais état aujourd'hui. Je suis plus tentée ce matin de vous parler de toutes ces souffrances vécues dans notre petite enfant qui ont une influence sur nos comportements d'aujourd'hui.
Prenons l'exemple de la vie amoureuse ou de la vie familiale. Ce que nous avons vécu petits, comme un divorce ou un sentiment d'abandon parental, peut conditionner un certain nombre de choix aujourd'hui. En effet, n'est-il pas logique d'avoir tendance à reproduire inconsciemment ce que nous avons vécu dans le passé, en faisant de même ou en adoptant un comportement totalement à l'inverse de la situation passée (ce qui revient au même) ?
Je m'explique. Vous avez trois ans et vos parents divorcent. Votre garde est attribuée à votre mère qui, trop jeune ou mal dans sa peau, va vous confier à ses propres parents et espacer de plus en plus ses visites. Vous accumulez alors des mémoires d'abandon qui, sans que personne ne s'en rende compte, vont se glisser dans les plis de votre psychisme.
Abandon du père d'abord qui ne vous voit plus tous les jours. Même si cela est dû à une décision du juge et que l'amour paternel reste intact, vous, petit enfant, ne tenez pas compte de cet aspect et restez bien souvent dans une incompréhension mêlée de tristesse et de colère. Abandon de la mère ensuite qui est un véritable déchirement pour vous encore si petit... Des questions se poseront sans doute autour du couple qui, en explosant, a distillé dans vos propres croyances un poison à effet retardateur. Comment y croire quand vous serez adulte ? Ou encore comment ne pas surinvestir la relation? Quoi qu'il en soit, il y a des chances (même si rien n'est définitivement écrit ou automatique) que lorsque un homme ou une femme frappera à votre porte, vous mettiez en place inconsciemment des pièges relationnels qui feront capoter cette relation amoureuse. Juste pour la faire correspondre à ce que vous avez toujours connu et vécu. Ceci est une forme d'auto-sabotage qui est assez logique mais qui n'en est pas moins douloureuse.
Mais, me direz-vous, sommes-nous condamnés à répéter inlassablement les comportements du passé ? Est-ce définitivement foutu ?
Je ne le pense pas.
La nature humaine, l'étincelle de vie qui brûle en chacun de nous mais aussi la force insoupsonnée qui se cache en nous sont des ressources inestimables quand il s'agit de panser d'anciennes plaies. Oser affronter ses démons intérieurs est déjà en soi une démarche de guérison. Prendre symboliquement par la main l'enfant que nous étions et essuyer ses larmes de notre main d'adulte, être pour lui le référent qu'il n'a pas trouvé en son temps sont déjà des ébauches de solution. L'amour pour soi et pour l'autre au sens inconditionnel du terme peut nous permettre, après avoir accepté et nous être pardonnés la tristesse, la colère, la haine peut-être..., de redonner des couleurs et un élan de vie à notre existence. Je crois profondément en l'homme et en ses ressources. Il est ici question de choix. Choix de vivre ou de souffrir. Choix d'avancer ou de rester statique. La liberté se cache là aussi.