dimanche 20 juin 2010

Etre parent, entre culpabilité et transmission...

La vie de parent, si elle est source de nombreuses joies et découvertes, est loin d'être aussi simple que l'imaginaire collectif ne le voudrait. L'arrivée d'un nouvel habitant dans l'utérus de sa mère amène bien des questions chez celle-ci mais aussi chez l'homme propulsé dans un rôle de père dont il ne comprend pas toujours les tenants et les aboutissants. Il serait tellement facile au moment de l'accouchement que la naissance de l'enfant et la délivrance du placenta se terminent par la mise à disposition d'un mode d'emploi détaillant le "comment faire" avec le petit être vagissant à présent dans nos bras.

Certes, les bonnes âmes se multiplieront autour de nous, nous expliquant expérience à l'appui comment protéger des petites fesses toutes rouges ou comment stériliser un biberon. Mais rares sont celles qui accompagneront dans ce changement majeur de statut qui, pour certain(e)s se fait sentir à la lecture du test de grossesse positif, et pour d'autres une fois le premier cri du nouveau-né déchirant le silence.

Etre maman, être papa, c'est bien plus complexe qu'il n'y paraît et beaucoup d'entre nous se retrouvent seuls face à leurs peurs une fois l'enfant bien réel.

La littérature fleurissant sur le sujet manifeste de plus en plus à notre conscience le fait que nous sommes marqués par ce que nos propres parents ont fait de nous depuis notre naissance. Mon rôle d'analyste transgénérationnelle me pousserait à élargir le débat aux générations qui précèdent mais je le laisse volontairement de côté ici. Quand nous observons l'éducation qui nous a été prodiguée, en isolant les moments forts de celle-ci (moments d'intense joie, douceur de la caresse mais aussi crises et punitions, isolement parfois, fessées aussi...), nous nous rendons compte que nos comportements d'aujourd'hui sont le reflet de ce que nous avons vécu enfants. En reproduisant des situations ou en adoptant la position diamétralement opposée (ce qui équivaut à la même chose...), nous construisons notre vie d'adulte et la relation avec nos propres enfants sur un schéma préexistant. Parfois, tout s'est bien passé et la transmission d'une génération à l'autre est donc aisée. Mais parfois aussi notre relation avec nos parents s'est révélée douloureuse et il nous devient alors bien difficile, consciemment ou pas, de fonctionner en sérénité avec nous-même et avec les autres.

Prenons un exemple concret issu d'un cas clinique qui m'a été soumis. Florent a 38 ans et est papa d'un garçon et d'une fille. Divorcé depuis quatre ans, il est à nouveau en couple avec une jeune femme elle-même maman d'un petit garçon de trois ans. La vie quotidienne de cette famille recomposée n'est pas aussi simple que Florent le voudrait. Il a du mal à communiquer avec ses propres enfants qui lui reprochent le divorce et les relations avec sa nouvelle compagne sont assez houleuses. Très cassante dans sa manière de s'exprimer, elle refuse de s'investir avec les enfants qu'elle voit comme des rivaux dans le coeur de Florent. Celui-ci n'est pas heureux et se renferme tout en explosant de colère quand la pression devient trop forte. En travaillant sur son propre processus thérapeutique, Florent s'intéresse à la manière dont il communiquait avec sa propre mère. Celle-ci, que nous prénommerons Annie, aimait énormément son fils qu'elle étouffait non pas par des câlins mais plutôt par des attentes disproportionnées, le comparant systématiquement à son frère cadet qui était encensé. Florent chercha tout au long de son enfance et de son adolescence la reconnaissance d'Annie qui de son côté ne pouvait exprimer son amour dans la douceur et la sérénité et vivait dans un conflit latent avec lui. En comparant sur papier sa relation avec Annie et celle vécue avec sa compagne actuelle, Florent se rendit compte qu'il s'inscrivait dans un phénomène de reproduction du schéma antérieur. Cherchant à combler son manque de reconnaissance, il s'était choisi inconsciemment une femme dont le mode de fonctionnement rappelait celui de sa propre mère, dans la froideur comme le langage cassant et dévalorisant. C'est en positionnant la lumière sur la véritable blessure d'origine qu'il put soigner cette dernière, se rapprochant de sa mère et prenant symboliquement soin du petit garçon qu'il avait été. L'objectif du travail de Florent ne fut pas de trouver un coupable à son mal-être en la personne d'Annie ou de sa compagne, mais bien de porter à la conscience que ce qu'il cherchait chez cette dernière bien incapable de lui donner (la reconnaissance de lui et de ses deux enfants, l'amour d'une mère...) n'était qu'une tentative de réparation d'un trauma passé.

Exemple intéressant me direz-vous... Mais sommes-nous donc condamnés à souffrir tout au long de notre existence de ces manques de lien avec ceux qui nous ont donné la vie ? Personnellement, je ne le pense pas. Partant du postulat qu'une vie en conscience et en connaissance de soi est la clé du bonheur quotidien, je reste persuadée que le fait de savoir dans un premier temps ce qui s'est passé pour nous plus petits, de comprendre sans juger ce qui a fait que nos parents ont fonctionné ainsi avec nous, puis de réparer symboliquement ce qui a été cassé à l'époque, nous permet de reprendre les rênes de notre vie. Cette dernière phase de réparation ne nécessite pas toujours des grandes manifestations théatrales. Ecrire par exemple une lettre à notre mère ou à notre père, lettre dans laquelle nous exprimons tout ce que nous avons sur le coeur puis brûler ce que nous avons écrit peut parfois suffir à remettre symboliquement de l'ordre dans le système familial.

Car, au fond, que recherchons-nous tous et toutes ? N'est-ce pas le bonheur, la douceur, la reconnaissance et l'amour ? Et si nous commencions à nous les donner à nous-mêmes, juste pour voir ce que ça fait ?

mercredi 16 juin 2010

Un seul être vous manque et tout est dépeuplé...

L'amour entre deux êtres est un sentiment complexe qu'il est encore bien difficile d'expliquer. Surgissant au détour du chemin, il ne se soumet à aucune règle. Nombre des personnes qui me consultent s'interrogent sur les amours qui émaillent leur existence sans toujours trouver de réponse pertinente à leurs questions. Elles évoquent leurs souffrances, leurs frustrations, leurs attentes face à l'être aimé tout en se révélant souvent incapables de définir ce qu'est réellement l'amour. Je m'arrête aujourd'hui sur ce thème si particulier, chanté depuis des siècles pour à mon tour tenter un essai de définition.
Alors donc, qu'est-ce qu'aimer ?
Je pense qu'il s'agit avant tout d'une alchimie complexe qui se tisse au mépris de toutes les convenances. La recette ne peut se résumer au choix et à la qualité des ingrédients, elle implique une once de magie sans laquelle elle ne peut réussir. Et c'est ce dernier aspect qui, de par sa nature vibratoire, ne peut être contrôlé ou construit. Il recèle une part intuitive et mystérieuse que tous peuvent ressentir et qui fait que, par miracle, le coeur s'emballe ne serait-ce qu'à la lecture du nom de l'être aimé.
A côté de cette influence mystérieuse s'ordonnent des critères plus pragmatiques et disons... mesurables.
D'abord, l'amour nait sur l'admiration. Trouver en l'autre une source d'étonnement et ouvrir de grands yeux quand en face de vous il ou elle vous raconte les épisodes de sa vie passée ou ses projets. Découvrir la grandeur d'âme de l'autre, ses réalisations, les étoiles dans ses yeux, ses rêves à construire et tout ce qu'il ou elle met comme énergie pour les réaliser... La fierté de tenir sa main et d'être vu(e) à ses côtés... Parler de lui ou d'elle dès qu'on le peut, à la caissière du supermarché, à ses grands-parents, à ses amis, au médecin qui vous examine... Décrire ses qualités, son métier, ses études, sa voix, son sourire... Relire 15 fois ses messages pour la beauté des mots couchés sur le papier ou la douceur de son écriture...
Dans un second temps, l'amour se construit sur la complicité. Celle-ci se décline de plusieurs manières mais souligne toujours une complémentarité. Il ne s'agit pas de trouver en l'autre une copie conforme de soi-même (qui reviendrait à un exercice narcissique) mais plutôt de se trouver en phase, comme deux notes d'une même portée résonnent en harmonie. Cette complicité se tisse au long du temps sur l'inattendu comme sur le quotidien. Ce sont les petits gestes, la phrase commencée que l'autre peut finir, les fous-rires inexpliqués, la main qui se tend ou l'épaule sur laquelle s'épancher...
L'amour, c'est aussi le dialogue. Il permet la découverte de l'autre dans sa réalité tangible mais aussi dans tout ce qui se cache dans les replis de la personnalité et de l'âme. Oser dire à l'autre nos limites, nos peurs, nos souhaits mais surtout savoir que nous ne serons pas jugés. Les mots ne sont pas toujours une obligation, un regard peut suffir. Fondement de la communication, le dialogue efface les obstacles et comble les précipices...
Quatrième ingrédient essentiel : le respect. L'amour se construit et ne peut survivre qu'à travers lui. Respecter l'autre dans ce qu'il est, avec ses forces et ses faiblesses, sans chercher ni vouloir le changer. Qu'il perde ses cheveux ou qu'elle prenne deux kilos, qu'il s'obstine à s'avachir devant un nième match de foot ou qu'elle n'arrive pas à rouler droit en marche arrière... C'est aussi accepter que l'un et l'autre sont en chemin et que parfois l'un va plus vite que l'autre, qu'il faut accélérer ou ralentir mais surtout partir et revenir ensemble.
L'abandon constitue aussi un des éléments clés de l'amour. Manifeste de la confiance, il offre aux deux acteurs de la relation une opportunité de grandir en se laissant aller. Il constitue aussi les fondations d'une relation physique épanouie car c'est en se donnant à l'autre en totalité que l'on passe de la relation sexuelle à un vrai acte d'amour. Le plaisir physique en est intensifié car les barrières tombent. Les corps se confondent et une forme d'unicité est alors atteinte.
Enfin, l'amour ne peut se concevoir sans une pincée de mystère. Connaître beaucoup de l'autre sans tout maîtriser, en lâchant l'illusion du contrôle de sa vie. Le découvrir un peu plus chaque jour en sachant pertinemment que rien n'est jamais acquis et que des zones d'ombre persisteront toujours. Laisser l'autre dans son jardin secret car c'est en se construisant en dehors du noyau amoureux que la relation peut être alimentée. Toutes les expériences de vie, agréables comme douloureuses, deviennent alors matière à échanger et à confronter l'essence du couple au monde extérieur.
On le voit, il n'existe pas de définition limitée de l'amour et il appartient à chacun de dessiner sa propre carte du monde. Je vous invite donc à vous arrêter un instant sur ce que l'amour représente dans vos vies et comment, le cas échéant, vous pouvez le faire rayonner dans tous vos actes, vos pensées et vos ressentis...

"Quand un hasard éveille l'amour, tout s'ordonne dans l'homme selon cet amour, et l'amour lui apporte le sentiment de l'étendue" - Antoine de Saint-Exupéry (Pilotes de guerre)

dimanche 2 mai 2010

Le premier jour du reste de ta vie

Vivre le moment présent en conscience semble être une évidence et pourtant, rares sont les personnes qui peuvent se targuer d'appliquer cette philosophie chaque jour de leur existence. Nous sommes entraînés par le flot constant de nos activités, de nos espoirs, de nos attentes, remettant à demain le fait de vivre tout simplement. Le bonheur devient alors un objectif distinct de ce que nous sommes, vers lequel nous cherchons à nous diriger sans cesse et bien souvent sans succès. Partant du postulat que nous sommes immortels, nous nous entêtons à nous projeter dans un avenir pourtant bien incertain : prochaines vacances pour passer du temps avec les enfants, prochaine fin d'année pour obtenir cette promotion tant attendue, prochain printemps pour entamer ce fameux régime et retrouver la ligne avant l'été... Les exemples sont nombreux.
Pourtant, faut-il réellement attendre pour vivre en conscience ? Cela a-t-il du sens de ne pas mettre à table cette splendide vaisselle reçue le jour de notre mariage parce que l'on veut attendre "l'occasion" spéciale ? Doit-on attendre de dire à l'autre combien on l'aime ? Je ne le pense pas.
Vivre en conscience implique du courage mais offre aussi en retour une intense gratitude car l'existence devient alors un cadeau de chaque instant. Tout ceci implique que nous quittions la sphère du mental brut pour entrer littéralement dans notre corps et dans la multitude de ses ressentis. C'est un défi de tous les jours, une véritable remise en question de nos comportements habituels mais le résultat en vaux la peine. Le bonheur alors ne devient plus un but à atteindre mais le chemin en lui-même.

mercredi 14 avril 2010

Confidence d'une workaholic ou presque

14 avril. Date clé s'il en est dans mon processus transgénérationnel.
Il y a 65 ans, mon grand-père voyait s'ouvrir les portes du camp de Buchenwald, les portes de la liberté retrouvée et d'un avenir possible. Il y a 4 ans, je prenais la décision de mettre fin à mon mariage qui ne me correspondait plus. Aujourd'hui a vu naître pour moi une nouvelle prise de conscience. Ce matin, en ouvrant comme à mon habitude ma mailbox, j'y ai trouvé une petite phrase riche de sens. "Il n'est jamais trop tard pour ne rien faire". Phrase anodine en soi mais qui vient profondément résonner avec les derniers évènements qui ont émaillé ma vie. Les personnes qui me connaissent et qui travaillent avec moi le savent, je suis désespérémment occupée, passant d'une activité à une autre, poussée par mon enthousiasme, mon appétit de vivre et mon besoin de retransmettre. Je me sens appelée à cela.
Mais toute médaille ayant son revers, mon corps s'épuise car je suis dans le "trop". La fatigue s'accumule. Parce que j'oublie de prendre soin de mon capital principal, à savoir... moi, il m'arrive de petits pépins dont l'intensité est proportionnelle au manque d'écoute pour moi-même. Accident de voiture qui m'arrête dans mon élan, tension artérielle dans les chaussettes... les exemples sont nombreux et suffisamment clairs pour que je les comprenne. C'est chose faite.
J'oeuvre donc depuis quelque temps à une douce recherche de simplicité, non pas dans la lutte contre ce qui m'anime qui serait une nouvelle agression mais plutôt en apprivoisant ma vie. Je tends plus aujourd'hui à évoquer ce besoin d'intériorité qui, à un moment donné, devient véritablement nécessaire. Savoir s'arrêter ne signifie pas renoncer mais plutôt s'accorder un temps de pause pré-médité... Tourner son attention vers l'intérieur, vers le Soi, vers la vibration de l'Âme et non plus dans la projection. Etre en conscience... non plus dans un choix calqué sur le "OU" mais plutôt dans une vision du "ET". Je travaille ou je me repose devient je travaille et je me repose. J'oeuvre dans mon rôle d'accompagnante et je m'accorde cette intériorité nécessaire en méditant quand j'en ai besoin... Les exemples sont multiples, de même que les opportunités d'application. La vie est un éternel apprentissage, certes difficile mais aussi absolument merveilleux.